Sélénium : les faits.

Margaret P Rayman (University of Surrey, Royaume Uni) - The 3rd International Conference Health -Trends - Copenhague, Aout 2002

En raison de son rôle vital dans différentes fonctions métaboliques, le sélénium est un oligo-élément essentiel et d'une importance fondamentale pour notre santé. Sa fonction biochimique la mieux connue est la formation de la glutathion peroxydase, une enzyme clef du métabolisme de l'oxygène, ce qui fait du sélénium l'un des antioxydants les plus puissants.

Le sélénium est également important pour le contrôle de la fonction thyroidienne et le fonctionnement normal de notre système immunitaire et reproducteur. Plus récemment, le sélénium a été présenté en tant que modulateur de l'humeur et agent de protection contre les maladies cardiovasculaires et le cancer.

En bref, un apport suffisant et des concentrations plasmatiques suffisamment élevées de sélénium sont d'une importance capitale pour notre santé. 

Où se situe le problème...? 

Apport en sélénium via l'alimentation 
Les recommandations internationales visent un apport quotidien en sélénium variant entre 50 et 200 ug. En Belgique, un apport de 70 ug/jour est actuellement recommandé. Le sélénium est contenu dans le pain, les céréales, le poisson, la volaille et la viande. 
Etant donné cette large présence, on pourrait penser que nos habitudes alimentaires nous garantissent un apport suffisant en sélénium. 
Pourtant, il a été démontré que l'apport en sélénium en Europe avait considérablement diminué. Cette baisse est due principalement à la consommation plus élevée de céréales européennes, là où étaient beaucoup plus consommées des céréales américaines (riches en sélénium) auparavant, ainsi qu'aux méthodes modernes de fabrication du pain. 
A cela s'ajoute l'absorption réduite du sélénium par les plantes, en raison des pluies acides et de la fertilisation exagérée du sol. 
Bien entendu, il existe des différences entre les régions et les pays (sol riche ou pauvre en sélénium), mais les études montrent que l'apport nutritionnel en sélénium de la population de différents pays européens est inférieur à la dose journalière recommandée.  

Concentrations sériques de sélénium 
ll a été démontré qu'une concentration sérique de sélénium de + ou - 100 ug était nécessaire pour garantir l'activité optimale de la glutathion peroxydase. 
L'apport réduit a évidemment une influence sur les taux sériques. En Belgique et en France, les concentrations sériques de sélénium sont passées de + ou -  100 ug/l (1980) à + ou -  80 ug/l en 1987 et ces valeurs sont peut-être encore inférieures de nos jours.

La moyenne de 7 pays européens a été calculée à 79 ug/l.

Cette baisse dépasse la limite inférieure normale. ll est donc temps d'introduire une forme quelconque de supplémentation en sélénium, essentiellement pour les personnes à risque ayant besoin d'un apport plus élevé en sélénium en raison de leur mode de vie, comme : 
-  les fumeurs, 
-  les grands consommateurs d'alcool, 
-  les personnes ayant de mauvaises habitudes alimentaires, 
-  les femmes enceintes et celles qui allaitent, 
-  les personnes âgées mangeant peu, 
-  les personnes suivant un régime, 
-  les personnes vivant dans des régions polluées. 

Plusieurs études récentes ont encore souligné l'importance du sélénium. 
Protection cardio-vasculaire 

Dans le cadre des maladies cardio-vasculaires, l'administration de sélénium a réduit plusieurs facteurs de risque. Une étude en double aveugle versus placebo menée auprès de patients atteints d'un infarctus du myocarde a révélé que l'administration de 100ug de sélénium pendant 6 mois avait réduit non seulement la mortalité, mais également l'incidence d'un nouvel infarctus. Chez les personnes vivant dans une région pauvre en sélénium, une corrélation a également été démontrée entre les concentrations plasmatiques de sélénium et le cholestérol HDL 
Différentes études épidémiologiques confirment qu'une faible concentration de sélénium peut être considérée comme un facteur de risque indépendant de maladies cardio-vasculaires. 

Prévention du cancer 
Etude HPC (Nutrltional Prevention of Cancer)

Cette étude en double aveugle, randomisée et versus placebo a inclus 1312 patients atteints d'un cancer de la peau. L'objectif de cette étude consistait à analyser si une supplémentation en sélénium (200 ug/jour) permettait d'éviter une récidive du cancer de la peau. 
Les résultats ont démontré que le sélénium n'offrait aucune protection contre le cancer de la peau. Le groupe ayant reçu le sélénium a toutefois présenté une diminution de l'incidence du cancer de la prostate de 63 % (p < 0,002), du cancer du côlon de 58% (p < 0,03) et du cancer du poumon de 46% (p < 0,04). L'incidence totale du cancer a diminué de 37 % (p < 0,001). En outre, la mortalité par cancer a été réduite de 50 % (p < o,oo2). 

Etude PRECISE 
Etant donné les résultats favorables de l'étude NPC, l'étude américano-européenne PRECISE (Prevention of Cancer through lntervention with Selenium) a été mise au point. Cette étude en double aveugle, randomisée et versus placebo inclura 30.000 personnes en bonne santé, âgées de 60 à 74 ans. La durée de l'étude est estimée à 5 ans. Les sujets recevront du sélénium à différents dosages (100 ug, 200 ug, 300 ug) ou un placebo. ll faut espérer que l'étude PRECISE confirmera finalement que le sélénium offre une protection contre le cancer.